J’ai le plaisir de vous partager le regard de Julie Delle Vedove, fondatrice de Manifestes, son agence de conseil en communication.
Nichée au dernier étage d’un immeuble parisien, je rencontre Julie dans son agence/maison de campagne. La pièce est immersive, remplie de trouvailles qui rendent le lieu d’autant plus authentique.
Rencontre avec une femme qui cultive le Beau.
Belle lecture ✨
Portrait Photo Julie: ©JORDAN SAPALLY
Alice: "Entreprendre c'est créer. Collectionner c'est choisir. Trouves-tu un parallèle entre ces deux élans ?"
Julie: "Entreprendre et collectionner ont pour moi quelque chose de très proche : dans les deux cas, il s’agit de raconter sa propre histoire. Collectionner, c’est créer un monde à soi, habité par des imaginaires et des personnalités qui résonnent profondément avec ce que je suis."

Alice: "La beauté, l'esthétique, ont une place importante chez Manifestes. Parle nous de ton rapport au Beau."
Julie : "J’ai grandi dans un petit château du XIXe siècle qui était rose et vert, au milieu d’un sous-bois. C’était l’ancien showroom d’un couple d’antiquaires. Cet environnement a durablement et profondément façonné mon rapport à l'esthétique, à l’expérience globale, au théâtral, au vivant, à la nature et au passé."

Alice: "Te souviens-tu de la première œuvre que tu as achetée? Qu'est-ce qui t'a poussé à l'acheter?"
Julie: "Ma toute première œuvre était un street art acheté très cher pour mon ex - c’est donc devenu, logiquement, mon ex-première œuvre. Sinon, deux achats m’ont particulièrement marquée : une photo signée de Martin Parr achetée chez Magnum, dont j’étais immensément fière avant même mes 30 ans, et un portrait flamand très abîmé de la fin du XIXe siècle qui me suit depuis plus de vingt ans. Mon rapport à l'art et au beau, mon esthétique et mes obsessions ont beaucoup changé en 25 ans, mais aujourd’hui je me sens enfin très alignée avec ce qui me touche."
Alice: "L'art, c'est aussi une question de regard. Qu'est-ce qui aiguise ton œil dans ton quotidien ?"
Julie: "Mon regard se nourrit surtout de curiosité."
Je chine beaucoup.
Je lis beaucoup.
Je vais beaucoup à l’opéra.
J’écoute beaucoup de musique très différentes.
Je rencontre des artistes.
Je fais des recherches pour mes clients.

Alice: "Un artiste que tu rêves de collectionner?"
Julie : "Plus qu’un artiste, c’est une époque qui me fait rêver : le XVIIIe siècle italien. La peinture, la sculpture, les bas-reliefs, l’architecture religieuse… tout m’obsède dans cette période. Il y a d’ailleurs un marchand à Rouen dont la galerie me fascine littéralement."
Alice: "L'achat d'art est souvent perçu comme élitiste. Qu'en penses-tu ?"
Julie: "J’ai commencé à collectionner alors que je n’avais pas un sou, en achetant des illustrations, des photos ou des objets anciens. L’art n’est pas que les "blockbuster": c’est un geste, une pensée, un point de vue, une rencontre. Je me souviens par exemple d’une sérigraphie achetée moins de 10 dollars sur un trottoir à New York (un chat sur un plan de métro) après une longue discussion avec l’artiste. Aujourd’hui, elle est dans la chambre de ma fille."
